Une affaire de « bébé secoué »

Défense des victimes

Il y a des affaires qui nous marquent à vie et qui nous permettent de créer un lien fort avec nos clients.

C’est le cas cette fois lorsque j’ai rencontré Madame M.

Je l’ai accompagnée et défendue pendant 6 années de procédure jusqu’à ce procès qui s’est tenu devant la Cour d’Assises de PONTOISE.

Madame M ; a perdu son enfant de 16 mois.

Dans un accès de colère, hors la présence de ma cliente, le père de l’enfant l’a jeté dans son lit, la tête heurtant les barreaux.

Le père est poursuivi pour des faits de violences ayant entrainées la mort sans intention de la donner.

Il a été condamné par la Cour d’assises à 15 ans de prison.

Extrait de plaidoirie :

« Madame la présidente, Mesdames de la Cour, Mesdames Messieurs les jurés.

J’ai l’honneur de prendre la parole pour Madame M et son fils E.

Je dis honneur, car je suis fière de Madame M qui a été extrêmement forte à l’audience, qui a voulu tout entendre , pour comprendre ce qui c’était passé.

C’est extrêmement douloureux pour une mère de faire face à ce lit, à ce matelas sur lequel sa fille a été projetée.

Cela fait trois jours qu’elle a cette vision et c’est une image qui ne s’effacera pas

Je crois qu’elle a vécu trois jours intenses et apocalyptiques.

Mais elle a tenu à faire face à celui qu’elle considère comme responsable de la mort de sa fille.

….

C’est pour elle, qu’elle est là aujourd’hui et qu’elle veut se battre .

Parce que cette petite fille, ce bébé de 15 mois et 18 jours était innocent.

C’était une jolie petite fille. Calme , joyeuse , souriante câline.

Elle aimait manger et accourait lorsqu’elle entendait un paquet de gâteau.

Elle aimait la musique.

Ce n’était pas un enfant difficile.

Elle pleurait quand elle avait faim ou quand son père s’occupait d’elle.

Pourquoi ?

Pas parce qu’il a déjà des gestes inappropriés.

Utilisons les bons mots. Parce que qu’il a des gestes violents, qui font mal.

….

Toute cette violence envers un enfant c’est de la maltraitance.

Cette maltraitance elle a précédé les faits du X/XX/XXX

Le X/XX/XX, ce n’est pas de la maltraitance . C’est pas un geste inapproprié.

C’est un coup qui a donné la mort.

X est dans son lit, prête à s’endormir pour la sieste. IL est aux alentours des 13H30.

Elle n’a rien demandé.

Mettons nous dans le corps de cette petite fille qui est dans son lit, apaisée et qui soudain se voit attraper par son vêtement, se voit soulever à une hauteur d’1m 80, se voit crier dessus «  toi tu vas pas niquer ma vie », qui se voit projeter contre le lit , qui se cogne contre les barreaux du lit … On peut l’imaginer quasi assommé, elle s’endort

C’est horrible !

Aucun enfant ne mérite ça.

…..

Elle est sonnée. C’est donc son corps qui va parler, qui va exprimer son mal être mais il est déjà trop tard.

C’est la fin d’une vie qui débutait.

Elle était à l’aube de sa vie.

……

Ma cliente a été trompée, battue et privée d’un être cher, son bébé âgé de 16 mois.

La perte d’un enfant est l’une des plus douloureuse parce qu’elle n’est pas dans l’ordre des choses.

Les enfants doivent survivre à leur parent.

La démonstration du lien de causalité entre le geste de Mr S et le traumatisme subi par Inaya ayant entrainé sa mort a été faite par l’ensemble des experts.

Les conclusions sont claires et sans équivoques : nous ne sommes pas en présence d’un traumatisme accidentel mais bien en présence d’un geste d’une extrême violence.

La mort d’X a créé un vide sidéral dans la vie de Madame M.

Quand on a un bébé, on vit à son rythme. On est à son écoute parce que par nature il est fragile.

….

Son fils est aussi particulièrement affecté par la disparition de sa sœur.

Il va avoir 4 ans et il est impossible de lui expliquer la réalité.

Il va souffrir de cette disparition soudaine. A tel point d’en avoir des séquelles psychologiques aujourd’hui.

…..

En 2017, Il est remis en liberté et c’est l’angoisse  de le croiser qui l’envahit.

Alors elle prend la fuite ….

Ce sera plus facile de se reconstruire, loin du drame….

Mais elle attend…… elle attend ce procès ……. La cloture …… une date

Nous y voilà

Ce procès a été un moment stressant difficile et douloureux.

Mais il vous aura permis de comprendre , d’être éclairée, de connaître la vérité. Une partie de la vérité.

…..

Rappelez vous : Madame M attend de ce procès que la justice soit rendue, rendue en l’honneur d’X.

Je vous prie d’exaucer son vœux. »

Me Laure LUCQUIN

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